Saturday, September 27, 2008

Le point sur la proposition Paulson

Ceux qui souhaitent comprendre les tenants et aboutissants de la proposition Paulson aux Etats-Unis, et en langage compréhensible, doivent consulter sur le site de NERA economic consulting leur plus récent rapport (26 septembre): "The Paulson Proposal: Economists' Views".

http://www.nera.com

Thursday, September 25, 2008

Les jeux et la présidence (américaine)

Les chances de Barack Obama dans l'élection présidentielle américaine sont estimées actuellement à environ 61 % par certains sites de paris politiques, comme le rapporte Greg Mankiw sur son blog (http://gregmankiw.blogspot.com/).



Historiquement, la performance de ces jeux de prédiction "de marché" ont été meilleures que celles des politologues spécialisés ou des organismes de sondages.



Ajoutons que les analyses économiques des effets de la conjoncture macroéconomique sur les élections, qui ont été développées depuis des décennies, montrent toute l'importance de l'évolution récente de la croissance sur l'alternance lors des élections. Le ou les partis des sortants perdent leurs sièges et le pouvoir lorsque la performance macroéconomique a été mauvaise, aux Etats-Unis comme en France (voir mon article de 1976 dans la Revue Française de Science Politique sur "les conditions économiques et les élections"). A suivre.

Adresse du Peterson Institute

Aller à http://www.iie.com

Pour ceux qui veulent comprendre la crise

Deux interviews intéressantes de bons spécialistes de la finance pour essayer de comprendre les enjeux et les solutions éventuelles de la crise financière, devenue mondiale, toutes deux en date du 24 septembre:

Morris Goldstein, pour les mesures à prendre, dans "Crisis Management and Global Markets", et Adam S. Posen, pour les enjeux, dans "Turmoil in the Markets: How Big a Danger".

Sur le site du Peterson Institute for International Economics:

webmaster@petersoninstitute.org

Monday, September 8, 2008

L'erreur historique de Jean Peyrelevade

Le dernier livre de Jean Peyrelevade, Sarkozy : l’erreur historique, (Plon, 2008, 200 pages) est plein de bonnes choses, de bon sens, et de remarques percutantes. A commencer par la critique fondamentale de la politique économique suivie depuis l’élection présidentielle, ou plutôt de son absence. Les réformes engagées tous azimuts et qui visent certes des archaïsmes flagrants de la société française sont « quantitativement marginales » et de ce fait « ont peu d’effet en termes mesurables (et aucun à court terme) sur l’efficacité de l’économie française ». Le propos ne semble guère discutable, hélas. J’ajouterai qu’identifier « 316 réformes majeures » sans lesquelles la croissance ne pourrait reprendre, comme le prétend le rapport Attali, n’est qu’une aimable plaisanterie : quand tout est important, rien n’est important. Mais de plus, poursuit Peyrelevade, les réformettes actuelles ont un trait commun regrettable, celui d’être « conceptuellement simples » alors que selon l’auteur les problèmes de notre économie sont complexes, ou au moins interdépendants. Ils appellent de ce fait un minimum de connaissances en macroéconomie. Or note l’ancien conseiller économique de Pierre Mauroy, « Constatons … que depuis le départ de Valéry Giscard d’Estaing de l’Elysée, soit plus d’un quart de siècle, les trois présidents de la République qui se sont succédé – un de gauche et deux de droite, mais le premier a régné près de la moitié du temps – se caractérisent de manière égale par un manque absolu de culture macroéconomique ». Certes l’homme politique ne peut être un spécialiste de l’équilibre général, mais il doit au moins « avoir l’humilité d’écouter de vrais spécialistes … et de savoir choisir des conseillers compétents ». Là encore on ne peut que souscrire à la charge de Peyrelevade. L’onction de l’élection au suffrage universel ne saurait fournir de surcroît la science infuse, et l’auteur de fustiger l’illusion démagogique qui consiste à croire qu’en modifiant l’agencement la combinaison des éléments simples qui constituent une économie, chacun puisse trouver, sans délai, sans effort, sans plus de sacrifice, son compte dans cette agitation dispersée, sans véritable ligne directrice.

Mais il y en a une en réalité. Peu après son élection, le président s’est empressé d’affirmer, dans la pure ligne des sophismes anciens de Jacques Attali (lorsqu’il conseillait Mitterrand, avec les résultats que l’on sait ), que « tout est politique », et qu’il « allait faire de la politique » sans se laisser intimider par les doctrines économiques. Bref, l’économie n’est pas une vraie connaissance, elle est superflue, et l’acte politique est fondateur ultime – et discrétionnaire -- des réalités sociales. Or la politique c’est, en partie, l’arbitrage entre les productions nécessaires de divers « biens publics », mais c’est surtout la redistribution des richesses entre les clientèles.
On sait où ce brassage, qui repose sur l’augmentation des prélèvements obligatoires et décourage ainsi la production, a mené les socialistes et l’économie française entre 1981 et 1983, -- « dans le mur » -- et Peyrelevade ne se fait pas faute de le rappeler. Il critique ainsi de façon pertinente les « quelques agitations » gouvernementales récentes qui consistent en des transferts entre clientèles, comme la modification de l’indexation des loyers, l’augmentation éventuelle de la participation et de l’intéressement des salariés dans les entreprises, ou la volonté affichée de réduire les marges de la grande distribution – qui n’est pas illégitime cependant compte tenu de la situation de rente artificiellement créée dans le secteur par des pouvoirs publics malthusiens (Jean-Pierre Raffarin) qui « entendaient contenir à force de lois et de règlements l’expansion de l’urbanisme commercial ». Mais ce ne sont pas ces redistributions qui créeront la croissance supplémentaire de la production qui, seule, peut améliorer le pouvoir d’achat moyen des ménages.

Or, note Peyrelevade, après beaucoup d’autres, le rythme de progression du PIB par habitant (et en volume, c’est-à-dire inflation déduite) a « beaucoup diminué au cours des dernières périodes. De 4,6 % par an dans les années 1960, il est tombé à 3,1 pendant la décennie suivante, 1,8 durant les années 1980 et 1,6 dans les années 1990. Depuis le début des années 2000, l’augmentation annuelle moyenne du PIB par habitant n’est plus que de 1 %.
Le rythme d’augmentation du pouvoir d’achat moyen a ainsi été divisé par quatre en un peu plus d’une génération ».
« Par rapport à l’Europe, le niveau de vie relatif des Français diminue. Enfin, de 1980 à 2005, nous sommes passés de la 6ème à la 17ème place dans le classement mondial ».
« Nous avons en particulier perdu vingt points (de + 10 % à – 10 %) en vingt ans, un point par an, en comparaison du Royaume Uni ». Et l’évolution est semblable par rapport aux Etats-Unis.

Le rappel ne manque pas de sel quand on se souvient de l’anathème qui frappait dans les années 90 (parmi nos élites) les Britanniques, sortant de l’Euro et pratiquant le « libéralisme sauvagement antisocial », ce qui était censé les condamner à l’inflation à deux chiffres, à la chute verticale de la valeur de la Livre, et finalement à l’arrêt de la croissance et à la montée du chômage. Ils ont eu en réalité raison sur toute la ligne.

J.P. en vient alors à sa thèse centrale : l’étouffement progressif de la croissance de la production, et donc du pouvoir d’achat moyen des français, conduit nos augures médiatiques et politiques, la « classe parlante » de droite comme de gauche, et dans une belle unanimité, à prétendre que le mal vient d’un partage toujours plus déséquilibré des revenus en faveur des profits et au détriment des salariés. Il cite dans ce sens Jacques Attali, Jean-Paul Fitoussi « économiste réputé de gauche mais écouté par le président de la République », Alain Minc, le secrétaire national à l’économie de l’UMP Frédéric Lefebvre, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë.
« Il ne reste plus au général en chef, je veux dire Nicolas Sarkozy, qu’à dresser en impératif gouvernemental la synthèse de tant d’erreurs. Il le fit avec son brio habituel lors de sa conférence de presse du début de l’année 2008 : …Il faut rééquilibrer la répartition des conséquences du succès entre les salariés et les actionnaires ».

Or, nous dit Peyrelevade, l’économie française ne souffre pas d’une insuffisance de la demande qui serait due à la faiblesse croissante des revenus moyens des ménages mais d’un manque de compétitivité de ses entreprises. L’augmentation du pouvoir d’achat des ménages ne viendra que d’un regain de croissance de la production, fondé sur une amélioration de la compétitivité des grandes entreprises, les PME n’étant dans leur immense majorité que des entreprises unipersonnelles qui n’exportent guère et ne contribuent qu’assez peu à la croissance.
Et l’auteur de rappeler que la croissance dépend de l’investissement et de la compétitivité internationale. Il soutient que la hausse des salaires a augmenté trop vite par rapport à notre compétitivité, ce dont il voit les effets dans la perte depuis 1993 (date soulignée par lui) de nos parts de marché à l’exportation, ce qui nous a mis dans l’incapacité de tirer profit de la forte croissance mondiale. Il dédouane au passage l’euro de toute responsabilité en notant que notre déficit commercial le plus important est avec l’Allemagne alors que la zone euro dans son ensemble a conservé une balance courante extérieure équilibrée depuis 2001.

Il rappelle alors que la compétitivité des entreprises françaises en termes de salaires n’a cessé de se dégrader par rapport aux pays de l’OCDE depuis 2000 (nos salaires ont plus augmenté que ceux de nos compétiteurs), tandis que la compétitivité des prix français évoluait de façon semblable mais moins marquée. Au total « c’est dire que les exportateurs français, exposés depuis sept ans à une hausse de leurs coûts relatifs de 13 %, … n’en ont répercuté que 2 sur leurs prix et absorbé 11 par une réduction de leurs marges. Ce qui, néanmoins, n’a pas suffi à la défense de leurs parts de marché ».

Et il attribue la responsabilité de cette hausse excessive des salaires au financement des ménages à crédit, par l’accroissement continu du déficit budgétaire de l’Etat. Ce dernier a « servi de substitut aux facilités disparues de l’inflation-dévaluation … S’agit-il d’un pur hasard si la France, budgétairement plus vertueuse que la moyenne des pays européens à partir de 1983 (après que François Mitterrand fut contraint au virage de la rigueur) jusqu’en 1993, date tournant qui coïncide avec une récession et la défaite électorale de la gauche au pouvoir, est devenue, tous gouvernements mélangés, plus laxiste que nos partenaires à partir de 1995 quand Alain Juppé eut perdu les élections législatives et que l’euro fut apparu comme une certitude ? Faut-il relancer le pouvoir d’achat des ménages ? Le budget y pourvoira. Faut-il équilibrer par quelques gestes en faveur de l’offre la politique massive de relance pratiquée à contresens (il faut, je crois, remonter à 1981 pour trouver mieux) ? Le budget sera une fois de plus mis à contribution. … Telle est une donnée persistante du mal français : l’impôt est haïssable quand la dépense publique ne l’est pas ».

Or aucun mécanisme ne vient freiner cette dérive, d’autant que l’euro joue le rôle d’anesthésiant puisque l’augmentation des déficits ne se traduit plus sur la valeur d’une devise purement française, par une dévaluation. L’euro, assis sur une économie beaucoup plus vaste, ne reflète pas les déséquilibres budgétaires particuliers de tel ou tel pays et permet donc leur poursuite quasi illimitée (l’Italie allant beaucoup plus loin que la France dans ce domaine).

C’est pourquoi Jean Peyrelevade préconise le retour à la rigueur budgétaire et l’allègement des charges des entreprises pour restaurer leur compétitivité : suppression de l’ISF, de la taxe professionnelle, réduction de l’impôt sur les sociétés, suppression des 35 heures, encouragement de l’industrie, quitte à développer également un « plan Marshall pour les banlieues » et à « engager l’économie dans la voie du développement durable ».
C’est en somme une politique favorable aux intérêts des entreprises et de leurs propriétaires et managers, ce que j’ai appelé ailleurs le « patronalisme ».


Malheureusement, autant les critiques de Peyrelevade sont fondées et finement observées, autant son diagnostic d’ensemble, et donc sa proposition de politique, est déséquilibré, partiel, et donc erroné. Et ce sur deux points fondamentaux : l’évolution des salaires et du travail, d’une part, l’euro et son impact sur la conjoncture, de l’autre.


Le travail trop cher et pas assez rémunérateur.

Concernant les salaires tout d’abord, les partisans de la thèse de l’insuffisance des salaires comme ceux qui croient à une augmentation excessive des mêmes salaires ne comprennent pas qu’ils ont simultanément raison. Comment est-ce possible ? Il est vrai que le coût du travail pour les entreprises a beaucoup augmenté dans les dernières années, mais ce coût est défini par le salaire brut, charges sociales comprises. Ce n’est pas le salaire net disponible des ménages qui a augmenté : il a plutôt stagné voir diminué. Ce sont les cotisations sociales, patronales et salariales confondues car elles ont économiquement exactement le même effet (Jean Peyrelevade devrait relire les bons manuels d’économie publique !), qui ont beaucoup augmenté. Ce sont elles qui ont constitué la source principale de l’accroissement des prélèvements obligatoires depuis plusieurs décennies. De ce fait elles ont simultanément augmenté le coût du travail, tandis qu’elles réduisaient la rémunération nette des salariés. Pour ces derniers, seul compte le salaire net de toutes les cotisations car ces dernières sont perdues dans le tonneau des danaïdes de l’universalité des finances publiques. Chaque salarié peut légitimement penser que les cotisations qui réduisent son salaire disponible sont destinées aux dépenses qui profitent à d’autres que lui (ou elle) et donc amputent effectivement son pouvoir d’achat personnel, dans la mesure où son altruisme est limité et où il n’a pas consenti de lui-même, individuellement, ces transferts. Il s’estime donc insuffisamment rémunéré et il en vient par conséquent à limiter son offre de travail, ce qui explique notamment qu’il ait été favorable aux 35 heures.

En face de lui, l’entreprise constate que le coût total du travail, charges comprises, ne cesse d’augmenter et souhaite embaucher moins et produire moins à ce niveau plus élevé de ses coûts. D’ailleurs, dans la mesure où elle répercute ces hausses sur ses prix, elle vendra moins. La croissance ralentit ainsi à la fois parce que les salaires complets augmentent trop et parce que les salaires nets n’augmentent pas assez !



L’évolution pénalisante des taux de change (implicites) intra-européens.

Quand au rôle de l’euro, Peyrelevade signale à plusieurs reprises la date charnière de 1993, ou cite 1995 comme celle à partir de laquelle les déficits publics ont augmenté, et qui est aussi la date à laquelle l’euro est devenu une quasi certitude. Ces deux faits sont liés de façon assez simple : La préparation du passage à l’euro a privé le gouvernement français d’un instrument important de politique macroéconomique, le taux de change et la politique monétaire. La « rigueur » de l’époque, nécessaire au passage futur à l’euro (critères de convergence de Maastricht), qui a contribué à la récession qu’il signale, a bientôt cédé parce qu’en période de récession il est mécaniquement inévitable que les déficits budgétaires s’accroissent : les dépenses de l’Etat augmentent tandis que les recettes fiscales diminuent. Par la suite, le gel du taux de change par rapport au DM à un niveau initial surévalué, a pénalisé l’économie française et la compétitivité de ses entreprises, alors que la rigidité bien connue des prix et des salaires à la baisse interdisait un retour rapide à l’équilibre. Dans ces conditions, les dépenses publiques, seul instrument macroéconomique qui reste à la disposition du gouvernement une fois que l’on a renoncé à la politique monétaire et de change, constituent le seul moyen de soutenir la conjoncture d’autant que la monnaie continentale ne réagit que peu ou pas aux déficits français, comme le signale Peyrelevade. Et cette tendance s’aggrave d’autant plus que la divergence des prix entre pays de la zone euro ne cesse de s’accroître depuis 1995 ou 1999, compromettant toujours plus la compétitivité des entreprises françaises.

Comme les échanges extérieurs des pays européens se font surtout entre eux, c’est le mauvais taux de change « implicite » adopté dans l’euro, et son écart croissant d’avec sa valeur d’équilibre, résultant de la divergence croissante des prix et des salaires entre pays de la zone euro, qui explique la dégradation du commerce extérieur français, plus encore peut-être que la réévaluation de l’euro à partir de 2003 (sachant que la forte dévaluation compétitive de l’euro par rapport au dollar entre 1999 et 2002 jouait, elle, dans le sens de l’équilibre).

Si l’on adopte cette vue macro-économiquement plus fondée, il ne s’agit donc plus de favoriser particulièrement les entreprises pour retrouver la croissance. Il faut réduire les cotisations sociales, sans les remplacer par un autre impôt (la TVA « sociale » ou autres gadgets et usines à gaz de Bercy) comme le soutient à très juste titre Peyrelevade, mais sans réduire les dépenses de santé ni les transferts de revenus en faveur des plus bas salaires qui permettent à tous d’obtenir la même couverture d’assurance maladie (sur le dispositif permettant d’atteindre simultanément ces objectifs voir le ch. 4 de mon livre de 1998, L’erreur européenne).

Une telle réforme réduirait très sensiblement le coût du travail pour les entreprises, augmentant ainsi leur incitation à produire et donc à embaucher. Elle augmenterait sensiblement aussi la rémunération nette des salariés, incitant également ces derniers à travailler davantage, comblant ainsi l’écart de la quantité globale de travail qui s’est creusé entre la France et les Etats-Unis au fil des années, et qui constitue la source principale de l’écart croissant des niveaux de vie entre ces deux pays comme l’a montré le lauréat du Nobel, Edward Prescott.
Dans le même temps un retour au franc qui redonnerait à nos gouvernements la maîtrise de leur politique monétaire, comme la Grande-Bretagne l’a fait, précisément en 1994-95, nous permettrait de retrouver la compétitivité perdue sans pour autant sombrer nécessairement dans l’hyperinflation ou la dévaluation permanente, ce que montre aussi l’exemple de la Grande-Bretagne.


Au total, le diagnostic critique de Jean Peyrelevade est courageux et bien ciblé. Il a parfaitement épinglé toutes les défaillances de nos politiques politiciennes actuelles, leur présomption, leur arrogance, et leur incompétence.

Mais de son coté il cède trop facilement à la mode des années 70 qui a réhabilité l’entreprise et le profit, ce qui était certes fort nécessaire à l’époque où les marchés et la richesse sentaient le soufre, mais qui s’est transformé au fil des années en un « patronalisme » étroit qui conduit à obscurcir une analyse macroéconomique plus complète, au nom des profits immédiats. Les actionnaires et les managers ne sont pas les seuls acteurs de la croissance. Les syndicats n’ont pas le monopole de l’analyse macroéconomique. Mais les patrons non plus. Quand aux politiciens …..

Saturday, August 16, 2008

Paul Krugman's Great Illusion

In the New York Times (August 15, 2008) Paul Krugman warns us against the belief that economic rationality always prevents war. The war in the Caucasus could be a sign that the second great age of globalization may share the fate of the first. Remember – he writes – that shortly before World War I, at the peak of the first globalization, a British author, Norman Angell, published a famous book precisely titled this way, “The Great Illusion”, in which he argued that war had become obsolete, that in the modern industrial era even military victors lose far more than they gain. And, true, wars kept happening anyway.

So, can things fall apart again? Yes, they can, Krugman argues. The war in Georgia marks the return to militarism and imperialism, and the end of the “Pax Americana”. And if Russia is willing and able to use force to assert control over its self-declared sphere of influence, won’t China do the same?

These are important questions to ponder. But Krugman should consider a major difference between the current era of globalization and the first one, which spanned the decades from the 1860s to the first World War. The first globalization was a period of growing size and geographic expansion for the major states, the era of imperialisms (British, French, German, Russian, Japanese, and even US). It led necessarily to diplomatic frictions where two imperial powers collided, and economies of scale in state management and military power were obviously conducive to continued expansions, and finally to war.

The current globalization context is the complete opposite of the first one: ours is a period of shrinking average firm size, and state size (See my Second Twentieth Century, Hoover Press, 2006). The number of states in the world has consistently been increasing since at least 1945, and all empires have disintegrated, with the sole exception of the American “quasi-empire” after its triumph over the USSR. But it is more a global sphere of influence than a real empire, in the sense that subordinate states are not military occupied and do not pay tribute to the US. This is also a consequence (as is the reduced average state size) of the much reduced economies of scale in state management, compared to the situation at the beginning of the XXth century. In such a world of smaller nations, national economies cannot be self-sufficient anymore, but on the contrary have to be outward-looking. They do not hope to rely on an internal market, or an empire as a substitute for a large national market. They must rely on the open global market.
Given that the optimal state size is shrinking everywhere, this is the contrary of the age of imperialism. It is a new era of state fragmentation and regional secessions (see the experience of central Europe and the Balkans). And even if Russia is flexing its newly rebuilt military muscle, the fact is that the war in Georgia is about a tentative regional secession that a much smaller Russia (compared to what USSR was) tries to use to counter encirclement by the new allies of the USA. War is always a possibility in a process of state fragmentation, as the Yougoslav example showed, and the Russian aggressive opportunism is a real danger.

But this should not be confused with a renewed trend towards state integration, imperialism, and clash of expanding great powers. The trend towards smaller state size and secessions is not going to bring globalization to its end but, on the contrary, to more commercial integration. Smaller nations have to rely on international trade. And smaller nations can bring about civil wars, but are not led to irresistible and mutually incompatible expansions which are the real causes of international wars.

Monday, July 7, 2008

M. Sarkozy dans le piège européen

Le président français a tout à fait raison de dénoncer la politique des taux d’intérêt de la banque centrale européenne, et sa conséquence inéluctable, la surévaluation de l’euro, qui plombe les croissances européennes et dévaste les bourses de valeurs du continent.

Mais même s’il obtenait satisfaction, c’est-à-dire une politique monétaire européenne plus raisonnable qui réduirait les taux, déprécierait l’euro face au dollar, et contribuerait ainsi à libérer - en partie - l’activité économique dans la zone, cela ne constituerait pas une solution complète du problème ouest européen.

La surévaluation des monnaies, en effet, ne concerne pas seulement l’ensemble des pays européens par rapport au dollar. L’euro a figé les rapports de change intra-européens au niveau de ce qu’ils étaient en 1999, par la substitution d’une monnaie unique aux devises nationales de l’époque. Or les taux d’inflation et les coûts salariaux ont divergé sauvagement depuis cette date, à l’intérieur même de l’Union. Ce qui aurait justifié, en tout état de cause, une modification substantielle des parités entre disons le franc, la lire, le deutsche mark, et la peseta, dans un système de parités de change flexibles, c’est-à-dire autorisant le retour à l’équilibre. Mais l’euro interdit justement cette évolution vers l’équilibre, pour le plus grand profit de l’économie allemande, qui est ainsi protégée en permanence contre les dévaluations « compétitives » des pays du « Club Med » qui ont, structurellement, des taux d’inflation d’équilibre plus élevés que le germanique.
Faut-il s’étonner alors de ce que les exportations allemandes continuent, bon an mal an, de se développer alors que l’Italie, l’Espagne et la France (à un moindre degré) souffrent d’un handicap structurel de leur commerce extérieur résultant de l’accroissement, année après année, de la surévaluation cumulative de leur change par rapport au « deutsche mark implicite » qui est inclus dans la devise commune qu’est l’euro ?

C’est ce que commencent à comprendre les responsables politiques comme M. Sarkozy, mais de façon encore floue et très incomplète. Faire baisser l’euro par rapport au dollar est certes indispensable, mais cela ne résoudra pas le problème des échanges intra-européens qui continueront à être fondamentalement biaisés en faveur de l’Allemagne. Un pays qui, pour des raisons diverses, maintient étroitement sous contrôle l’évolution de ses salaires, peut se permettre de jouer la carte de l’austérité monétaire et de la politique de change la plus conservatrice, pour le plus grand profit de ses banques et de ses industriels. Mais les autres ne le peuvent pas. C’est pourquoi la politique ultra-conservatrice de la Bundesbank, transposée telle quelle à la Banque centrale européenne par le traité fondateur, est une catastrophe pour les pays du « club méditerranée ».

La réaction d’un homme politique qui subit directement, dans sa cote de popularité, le contrecoup des difficultés économiques majeures qui résultent de cette politique déloyale, est alors facile à prévoir. Il va dénoncer les destructions que le commerce extérieur déséquilibré inflige à l’économie nationale.

Comme toujours, un problème complexe, difficile, et majeur admet une solution simple, facile à comprendre, et … fausse : en l’occurrence le protectionnisme. Puisque le commerce extérieur pénalise les économies de l’Europe du sud, alors il faut « protéger » les citoyens de ces pays par l’érection de barrières douanières continentales de façon à réduire les importations en provenance des pays tiers (et en particulier des pays de l’ancien « tiers monde», aujourd’hui «émergents »). C’est simple en effet, mais cela ne réduira pas les importations en provenance d’Allemagne qui sont subventionnées en permanence par des taux de change implicites de l’euro qui jouent au seul profit de l’Allemagne. Or les échanges intra-européens sont, de loin, les plus importants dans nos échanges extérieurs, très loin devant le commerce avec l’Asie par exemple.

Si la solution « politique » l’emporte ainsi, nous aurons cumulé tous les handicaps : des taux de change intra européens défiant tout équilibre et assurant la domination économique durable de l’Allemagne sur ses « partenaires », d’une part, et la contraction générale de l’activité économique par un regain de protectionnisme qui écartera durablement toute chance de reprise soutenue de l’activité économique du continent dans son ensemble, d’autre part.


Il serait plus raisonnable de faire (enfin !) un peu d’économie réaliste à la place de la pure politique, et de remettre en cause non pas la seule gestion (excessivement conservatrice il est vrai) de la banque centrale européenne, mais l’existence même de l’euro qui est la vraie source de nos difficultés commerciales.


On y viendra nécessairement, mais quand ?